Poèmes pour la forêt
2016

"Quelque port entre moi et le reste de l’univers
Mon hologramme de forêt

Chère Forêt, j’espère que tu vas bien.
Je m’appelle Boris Dumesnil-Poulin et je suis venu te raconter une blague:

Un homme regarde un canard au jardin botanique, se demande si le canard le regarde aussi

Un poème :
Vert vert, vers l’infini
Arbre et ruisseau, arbre et ruisseau
L’infini c’est beau comme les oiseaux
C’est beau les chevaux
Vert vert, merci merci

Parce qu’on accepte ce qu’on croit être les règles du jeu
Parce qu’on croit qu’il y a des limites et qu’elles ne peuvent être franchies
Quant en vérité elles ne demandent que ça
Quant en vérité il n’y a rien de plus vrai que le départ à l’aventure
Aller au combat, quitter pour la vallée, partir en quête, pour ne jamais revenir
Rien d’autre que ce sentiment de vertige juste avant..
Quand l’énergie nous pousse et qu’il serait inutile d’essayer de reculer

C’est ainsi qu’un homme se tient dans l’embrasure de la porte
Glaive à la main, et regarde droit devant
Au loin la limite de son territoire, une clôture de bois et un arbre solitaire
Le vent qui balaie, l’attire dans l’ailleurs, le soleil couchant
C’est ainsi qu’il met le pieds dehors, goûte à l’air frais et referme derrière lui
C’est ainsi qu’il part, droit devant, pour ne jamais revenir

Je crois en la parfaite completion des complexités
En l’assemblage sans fautes des espèces et des formes
Je crois en la nature océanique du temps
En l’harmonie et l’amour qui se cachent dans l’interval de tout

Je crois qu’on peut traverser la membrane de l’impossible si l’on y croit assez fort
Pour arriver dans les choses qui n’ont pas la fibre du matériel mais qui existent quand même
Je crois qu’on peut traverser aujourd’hui pour arriver demain
Tout comme on peut passer d’ici à là-bas
Sans que l’esprit ne nous voit passer
Et que ce qui semble limite est en fait porte dérobée

Les avions c’est comme les oiseaux :
C’est juste plus gros
Ça tourne et tourne
Comme des objets blancs avec des robes blanches
Mon drapeau il est couleur toi
Et ça tourne et ça tourne
Comme une feuille qui tombe à l’automne, avant la neige

Je suis venu te parler de toi
Parce que tu n’as pas d’yeux
Juste des milliers d’enfants qui ne savent plus très bien où tu es

J’ai amené une couverture d’argent
Pour te refléter ton image de lumière, devenue invisible dans les arbres
Et ça tourne et ça tourne
Aucune direction précise
J’avance à tout vent lentement
M’enfonce dans le vert ondoyant
Pour te parler juste un peu

De ce que j’entends, respire, attends
Je me tiens devant la dernière dimension
Je suis l’obscurité de l’éternité
Dans les branches noires le soleil blanc
Les corneilles la mousse, le renard et l’ours, la grande falaise et toi, petit
Quand la neige part enfin
Les jonquilles, perce-neiges et jacinthes
T’illuminent ensemble comme les anneaux
Et j’entends le language des oiseaux

Dans le sous-bois qui sent bon le sous-bois
De grands tapis blancs à la floraison
M’endors dans tes bras
De nature et de lenteur
L’avenir est au hasard moi je suis tout à toi

On est ici comme un rêve figé à jamais
Je dors dedans tes bras de calme et de silence
Terrifié ma torpeur me repose, gisant je glisse
Le pacte est safe
La forêt est fermée
Grenouille Grenouille

Et mon esprit file, mon fils, arrive
On va creuser un trou pour la fondation
Tellement tellement profond
Qu’on pourra jamais ressortir

Des cerceaux infinis qui se désintègrent
Tu tires l’eau comme un fusil à l’envers
Jusqu’en haut
Jusqu’en haut

Dans tes molécules absentes
Entre les peaux de tes bêtes
Se cache ton coeur,
Enraciné au plus creux

Dans le silence de tes élastiques
Le mélange entre les peaux
Il fait noir mais ça bouillonne
Au plus creux ça se touche,
Ta nature n’est jamais finie

Je rêve à toi parfois
Moins souvent maintenant

C’est parce que je suis à l’intérieur
Tu es invincible et invisible
En dessous et sur moi

Je vais là et là collectionner les feuilles, nids et rochers
Forêt Forêt, c’est la forêt forêt
Je m’imagine en absence, trouble et dans l’ouest
Fragile et tournant lentement avec le ciel

Mon coeur une toile d’araignée
Tissée à même la matiére du moment
La primitive chrome mes mains de noir
L’unique et matérielle dimension du temps

Une souris habite chez moi parfois
Je l’entends grignoter quelque chose que je ne voulais pas
M’entendre à son tour et ne plus bouger pas un bruit
Je l’ai vu quelques fois et je l’ai trouvé smatte
Faire la même chose que moi, de son mieux pis scram

Je me suis fabriqué un collier de rivière
Une à une des petites roches placées en rond
Pas pour UN arbre, pour CET arbre
Celui-là à ma gauche, celui-là derrière moi
Ils ont tous les deux raison

Et j’oublie parfois d’où je viens
Le fruit du chéne de l’érable et du frêne
Le fils de ce qui tient debout
Dans le noir je vois pareil, avec toi filtre

Les petites lumières qui descendent
Un rose-orange pas possible
Entre mes deux yeux comme ça
Un coup de poing au ventre
Mais sans la moindre violence

Le tintement argent de ce qui sent bon
Les cheveux blonds qui volent au vent
Comme les feuilles vertes qui bougent
Et l’amour qu’on faisait souvent

Le camping c’est cool
C’est ma maniére d’être à l’intérieur de toi
Et d’être en même temps chez moi
Forêt forêt, c’est où chez vous?

Qu’est-ce que c’est l’endroit où la terre commence
Et où toi, la forêt, tu t’achèves?

Je voudrais être un oiseau blanc pour te parcourir à toute vitesse
T’embrasser d’un vol et me perdre dans ta nervosité
Je suis sans cerveau, et les hêtres qui m’arrivent aux épaules sont déjà tellement plus beaux
Que toute la vie qu’il me reste à vivre

Je pose mes bras sur le tapis noir de la terre, pour te voir un peu plus en quantité
C’est sans idée préconçue, sauf celle-là, que je me présente à toi, fois aprés fois
Pour que tu m’acceptes comme l’eau dans la source quand la neige..

Je suis minuscule, une excuse d’animal
Un geste ambitieux dans le vide
Reprends-moi
Reprends-moi

Je ne suis pas digne de toi
Je ne fais pas les bons gestes
Je n’ai qu’un cerveau et je ne sais pas très bien comment m’en servir

Dans les jours lointains,
J’ai vu le soleil descendre au delà des montagnes
Un grand disque rouge coupant la mer sur sa longueur
Je partis rapidement dans la noirceur qui s’assemble
Où les villages et les arbres flottent comme des i?les sombres
Vers les étendues blanches et infinies qui se mélent dans l’horizon à ce fond d’étoiles

J’ai le goùt de l’immatériel
Je n’offre rien
Au geste de crier, de murmurer
J’ai le goût que si je modèle quelque chose,
C’est pour moi tout seul, pas de substance précise
Que le pont que je tends comme je tends le bras se tende entre moi et toi
Comme une extension de gaz libre

Éphémére et transparente,
Un peu de la structure invisible qui se cache dans l’architecture non-physique
Que celui qui habite de l’autre côté du gouffre, qu’il puisse traverser par l’esprit,
Que le port soit là, mental et présent, dans l’imaginaire et le réel, mais qu’il ne soit pas défini,
Pas une fin en soi
Mais uniquement le moyen de communication entre nos deux

Je procéde à l’identification de la montagne
Un grand sort lancé sur l’été
Plusieurs moi, transformés parallélement
Un bruit de vague tout au long
Sous ma voix

Une façon de présenter la lumière
Une ligne entre le ciel et moi
Orbe après orbe, la coquille s’effrite et je ne suis plus celui qui fut ici jadis

Le vide que je fais sous mes pieds
Je creuse pour rien, sans raison
Aujourd’hui, demain, hier
Aprés tout, j’ai déjà un million de tombes

Perforer la terre en ligne
Cette ligne
Un sort gigantesque et presque fini
Aprés ça je n’ai aucune idée ce qui va se passer

Le sort est plus grand que moi parce que je suis plus grand que lui
J’ai gagné de l’espace que j’ai choisi pour moi
Tout au long de la côte des sourciers

J’y ai lancé un sort
Jusque dans l’coeur
Les arbres la terre
Toute ça c’t’a moé

Vert
Trou
Arbre
Animal

Construire la distance
Attendre le printemps
Dormir
Réveiller
Je frenche avec l’arbre, celui qui sent le plus bon
L’ours arrive bientôt il faut se méfier

Camouflage vert mon bouclier iridescent
Tu respires lentement et partout :
Chaque trou c’est toi
Chaque bosse c’est toi
Chaque rayon c’est toi

Mes mouvements ralentis
Je m’insère dans ta nature
Pour ne pas que tu m’oublies
Pour ne pas que tu m’oublies

Pour que tu continues de croire
Que je fais partie de toi
Que je reviendrai vers toi
Ma semence ta semence, mélangés

Ce que fait comme augure un miroir
Autant que la copulation :
Multiplier par deux les choses
Et fabriquer du vert pàle

Yes!
J’entends ton tonnerre qui pulse pulse
Yo!
J’entends ta super conscience
La portion de l’esprit qui s’éveille aux astres
Un accès à la sagesse des âges
La connexion avec toutes les affaires.
Au fond de la piscine
Au fond de la forêt
La pleine sagesse de la salle

Ô mon amour
Toi qui verdit tellement que j’ai des larmes qui poussent sous mes yeux
Toi qui siffles la mélodie de l’eau et du vent et de toutes les petites choses qui bougent
Tu me portes dans la connaissance de l’origine, dans la force du printemps
Et dans la tranquille audace des fleurs
Jamais dans 100 ans je n’arriverai à t’égaler
Tu as tout à l’intérieur
Les plus belles fleurs sont de toi
Et tu sens bon comme c’est pas permis

Reprends moi
Reprends moi

Reviens, ne part pas si vite au loin
Aprés tout, le carbone c’est nous
Quand je souffle, c’est pour toi

Ô mon amour de forêt
Sur mon coeur une colline
Un volcan noir, la lave rouge toujours
Dans ses veines, construit des barrages qui débordent en rivière infinies de joie

J’ai, si la force, mille raisons de mourir pour que tu vives"

-Boris Dumesnil-Poulin

Vidéo couleur 18 min, son 13 min, asynchrones
Chevaliers-caméramans : Hugo Nadeau et Boris Dumesnil-Poulin
Tourné au Parc National du Mont Saint-Bruno le 26 septembre 2016

Présenté dans le cadre de la 21e rencontre interuniversitaire des maîtrises en arts visuels.